LE YOGA EST EN VOGUE… MAIS DE QUOI S’AGIT-IL ?

Il est difficile d’exposer ce qu’est le yoga en si peu de mots, tant ce domaine est vaste. Ci-après quelques brèves notions et idées maîtresses. Elles seront développées dans des articles à paraître ultérieurement.

Selon certaines traductions sanskrites, le mot yoga signifie «joug». Cette définition fait référence au char d’Indra et désigne un type d’attelage. De ce point de vue, le mot yoga évoque dès l’origine une méthode pour contrôler la vie psychique. Le yoga fait partie des 6 darshana (principes philosophiques) de l’Inde. Les racines du mot hatha yoga sont :

Ha = le soleil => le côté droit  => le masculin  => le dieu Siva

Tha = la lune  => le côté gauche  =>  le féminin =>  la déesse Sakti. 

Yoga = union

Le hatha yoga est l’union du corps et de l’esprit, l’harmonisation des énergies, de notre côté masculin et féminin. Défaire nos conflits intérieurs. C’est un moyen pour faire le lien entre le Soi profond et la Nature réelle des phénomènes. Il cherche à stabiliser le psychisme, qui est plein d’agitations.  Se connecter à notre force intérieure afin d’appréhender le quotidien, de ne plus se laisser ballotter par les évènements qui surgissent dans notre vie mais de les accueillir avec bienveillance et équanimité. Il s’agit de vivre chaque moment en conscience et de ne pas être dans le jugement. Cet état d’esprit apporte sérénité. Un mouvement pour aller à la rencontre du bonheur auquel chacun de nous aspire.

La posture parfaite n’est pas celle que l’on essaie de reproduire d’après une vidéo ou une photo, mais celle faite en conscience, en s’y installant  confortablement et fermement, selon ses possibilités du moment. Pas de comparaison, pas de jugement, ni de compétition. La pratique permet d’observer son mental et de l’apaiser. Elle contribue à dénouer les tensions, à défaire les blocages et permettre ainsi à l’énergie vitale de circuler de façon harmonieuse. En pratiquant le yoga, offrons-nous un moment pour nous recentrer, pour nous retrouver.

L’allégorie du char, très populaire en Inde, apparaît dans la Katha-upanisad. Elle illustre le but et le sens du yoga. Le char est le corps. L’âme est le passager ou le propriétaire du char. Le cocher représente l’intelligence supérieure, l’intuition profonde. Les rênes correspondent à notre intellect, incluant les émotions. Les cinq chevaux tirant le char représentent les cinq sens et les chemins que parcourt l’attelage les objets des sens. Il s’agit de tenir les rênes afin que les chevaux ne s’emballent pas et que l’on ne perde pas le contrôle de l’attelage. Le passager ne s’identifie pas non plus au cocher, ni au char.

Les origines

Les origines du yoga semblent difficiles à déterminer, mais des fouilles archéologiques dans la vallée de l’Indus ont pu mettre à jour une plaque représentant un personnage assis en tailleur. On peut en déduire que le yoga existait déjà vers le 3ème millénaire avant notre ère. La mythologie indienne représente souvent Siva comme un yogi par excellence, donnant la mission au guru humain de transmettre le savoir. Le shivaisme et le yoga auraient par conséquent des liens très antiques. Déjà dans les textes des Veda, on trouve des références au yoga.

 

Les textes principaux

Les écrits mentionnés ci-après trouvent leur source dans des textes sacrés très anciens – 1300 à 600 avant J.-C : les Veda, fondement de la philosophie indienne. On y retrouve déjà les premiers principes du yoga, la prise de conscience du souffle vital qui anime les hommes, les animaux, la nature. Durant cette époque, les croyances sont d’ordre naturaliste, polythéiste, avec le concept cependant d’une seule force universelle et créatrice – le Brahman, duquel émane l’Atman, la partie divine présente en chaque créature.

Les Upanisad sont en lien étroit avec les Veda. On les surnomme vedanta, la fin des Veda (à ne pas confondre avec le courant philosophique, beaucoup plus tardif, le Vedanta). Elle en sont le but et la quintessence. Il y en a 108 dites majeures, écrites entre le VIIe et le Ve siècle avant J.-C. D’autres, dont les Upanisad du Yoga, ont été rédigées ultérieurement, jusque vers le VXIIIe siècle de notre ère. Le mot Upanisad signifie « être assis humblement auprès du maître ». Les Upanisad questionnent sur le lien qui unit les hommes avec le Divin. Sous forme de dialogue entre maître et disciple, le texte est poétique et utilise des métaphores. Les Upanisad représentent la Bible des Hindous. Toutes les notions de yoga se sont d’abord révélées dans ces textes.

La Bhagavad-Gìtâ se situe après la période des Upanisad. Véritablement l’un des premiers traités de yoga, ce texte fait partie de la grande épopée du Mahâbhârata dont la première version daterait du Vème siècle av. J.-C. Il constitue l’un des piliers de la culture hindoue et de plusieurs courants philosophiques. C’est l’enseignement sous forme de dialogue entre Krsna, avatar de Visnu, et Arjuna, grand guerrier à la veille d’une énorme bataille menaçant l’ordre du monde. Ce champ de bataille représente symboliquement toutes nos luttes intérieures. Notion de destin, de l’expérimentation de la vie, confrontation avec tous les aspects de la personnalité humaine.

Dans ce texte sont aussi exposées les 3 voies – marga. Dans la tradition indienne, il est largement reconnu que chacun est différent et que par conséquent chacun doit pouvoir poursuivre son chemin dans la voie qui lui correspond le mieux.

Pour certains, ce sera par l’étude de soi au travers de la connaissance acquise par les textes et par la littérature. Ce sera une approche plus intellectuelle. On peut penser aux philosophes, aux écrivains ou aux poètes. Cela s’apparente au jnâna-yoga, le yoga de la connaissance.

Un artiste, dans son élan et son désir de faire partager son art, est plus dans le bhakti-yoga, le yoga de la dévotion, quel que soit son mode d’expression. Par exemple : la musique. En effet, dans toutes ses formes, que ce soit dans un opéra, dans un morceau de blues ou de jazz, se révèle le divin. L’artiste le fait vibrer au travers de son instrument ou de sa voix. Cela a un effet puissant sur les émotions, sur les sentiments, gais ou tristes. Cela éveille nos sensibilités et nous intime au questionnement et à la réflexion. Les prières et les chants, la récitation des mantra sont dans le courant du bhakti-yoga.

L’activité manuelle, comme par exemple celle d’un artisan, se situe davantage dans le karma-yoga, le yoga de l’action. Action juste et précise au travers d’une conviction, d’un savoir et d’une foi dans des gestes réfléchis.

Le hatha-yoga s’inscrit dans un yoga de l’action car c’est au travers des asana   (postures) et des prânâyama (travail sur le souffle) que l’on peut trouver la libération.

Cependant, ces trois voies sont omniprésentes dans tous les actes et sont interdépendantes. Une activité peut être plus orientée dans l’une ou l’autre des voies, mais s’il n’y a pas la conscience et la présence des deux autres, le fruit des actes et  des gestes sera déséquilibré, incomplet et inachevé.

Autre texte, référence majeure : les Yoga Sûtra de Patanjali. Il est constitué de 195 aphorismes, codifiant les idées et les expériences des yogi bien plus anciens, du temps des Upanisad et des Veda. C’est le seul texte reconnu par toutes les écoles. Il est difficile d’en situer la date, mais on l’attribue entre les années -200 et + 200. Prise de conscience du souffle, élément vital, et du fonctionnement du mental. Si à l’époque védique la question était « qui suis-je ? » elle s’affine avec « comment je fonctionne ? » Cette question n’a cessé de préoccuper les êtres humains et reste aujourd’hui toujours brûlante d’ actualité.

Dans les Yoga Sûtra, Patanjali développe le thème de l’ashtanga yoga, le yoga aux 8 membres. Un chemin spirituel, une façon d’être au monde.

  1. yama : attitude vis-à-vis de l’environnement
  2. nyama : attitude vis-à-vis de soi
  3. âsana : travail du corps
  4. prânâyama : travail du souffle
  5. prathyâra : nourriture consciente du domaine des sens
  6. dhârana : concentration
  7. dhyâna : méditation – dévotion – temps d’arrêt pour prendre conscience
  8. samâdhi : immersion dans le présent, état d’unité

Bien plus tard, vers le XVème siècle, un traité de yoga, basé sur d’autre écrits beaucoup plus anciens, voit le jour : la Hatha Yoga Pradipika (littéralement « la petite lampe du yoga »). Ce texte est issu de la tradition du tantra, dont l’âge d’or se situe entre le IVème et la fin du IXème siècle de notre ère. Dans ce courant, la notion d’énergie est très importante. Les pratiques en lien avec le corps et l’énergie se développent. L’idée : « j’ai un corps, comment l’utiliser pour atteindre l’éveil ? »

 

Diffusion du yoga

Le hatha yoga est une méthode développée en Inde par de nombreux yogi, en des temps immémoriaux. Ils visaient à mettre fin ou du moins à diminuer la souffrance et l’insatisfaction personnelle. Le but étant la réalisation du Soi, la libération, la cessation du cycle des renaissances.

Avant l’émergence du tantrisme, la pratique du yoga est tout d’abord réservée aux ascètes et aux érudits de l’Himalaya. Sous l’influence de ce courant, l’accès à cette pratique s’élargit et elle s’ouvre à tous, toutes castes confondues.  Auparavant interdit aux femmes, le yoga reconnaît dès lors des femmes comme étant de véritables maîtres.

L’Inde exerce depuis longtemps une fascination sur l’Occident. Soif d’explorer les phénomènes physiques, tout comme l’univers spirituel dont l’Inde est riche. Aujourd’hui, les occidentaux cherchent peut-être des réponses différentes et plus pertinentes à leur questionnement sur leur spiritualité. Il y a une énorme remise en question sur ce plan et certains occidentaux se tournent vers d’autres traditions, d’autres points de vue philosophiques.

Le yoga propose d’appréhender le corps, de manière plus holistique et plus subtile. Il ne s’agit pas de faire de simples exercices de gymnastique. Il y a en plus cette autre dimension qu’est la quête du Soi. Importante aussi est cette recherche de développement personnel qui interpelle énormément. Pourtant, beaucoup de pratiquants de yoga s’intéressent uniquement au côté physique de cette discipline, l’aspect spirituel étant mis en arrière plan.

Vers les années 1930, certains yogi se font reconnaître dans toute l’Inde, non seulement dans les cours des grands maharadja mais aussi parmi des personnalités influentes de l’époque. Leur érudition et leur sagesse forcent le respect et suscitent un grand intérêt autant dans la société indienne que occidentale. Souvent financés par des notables, des ashrams ouvrent leurs portes, permettant aux maîtres de dispenser leur enseignement.

Parmi ces grands maîtres, je citerai bien-sûr Sri T. Krishnamacharya. Il transmit son savoir à l’un de ses fils, T.K. Sribhashyam dont la tradition est présente dans les cours que je propose. L’enseignement du yoga se répand en Inde comme en Occident. Autres disciples et élèves de Sri T. Krishnamacharya et principaux acteurs de cette «mondialisation» : T.K.V. Desikachar, son autre fils, ainsi que son petit fils Kausthub Desikachar. Sans oublier Indra Devi, Pattabhi Jois et B.K. S Iyengar. Tous  contribuent pour une grande part à faire connaître les richesses du yoga en Occident. Ils ont rencontré une écoute et un intérêt grandissant auprès d’un large public depuis les années 1950 environ. Ils ont mis en lumière l’existence des traités de yoga, les ont approfondis, adaptés au monde contemporain et ont su tracer des parallèles avec les modes de vie actuels.

Les fondements du yoga doivent rester ce qu’ils sont et être transmis avec respect et justesse. Pourtant cette tradition continuera à s’adapter à l’évolution du monde et de la société.

En tant qu’enseignante de yoga traditionnel, mon souhait est de n’être qu’un passeur fidèle  et humble  de cet enseignement millénaire.

Namaste

Anne Mégroz Jobin, enseignante yoga, dipl. Yoga Suisse

 

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Sept 2017